Le Réalisme Symbolique Contemporain


Introduction

Une traversée de la peinture pour faire émerger ma propre voix

Je peins depuis des années, sans jamais avoir cherché à inscrire d’emblée mon travail dans un courant existant. Mon geste est né d’une nécessité intérieure, affinée avec le temps, en dialogue avec le monde et ses tensions. Ce n’est qu’après coup, en confrontant mes œuvres aux regards extérieurs et à l’histoire de la peinture, que s’est posée la question du positionnement.
Ce document est né de ce besoin de clarté. Non pour chercher une étiquette flatteuse, mais pour nommer justement ce que je fais — et ainsi permettre à d’autres de mieux le situer, le comprendre, l’évaluer.
À travers une analyse comparative rigoureuse, j’ai exploré les similitudes et les différences entre ma démarche et celles d’artistes passés ou contemporains, rattachés à des courants majeurs de l’histoire de l’art.
Il ne s’agit pas ici de m’inscrire dans une filiation artificielle, mais de mettre en lumière ce que ma peinture partage avec certains héritages esthétiques, et ce qui la distingue profondément — par sa narration, son équilibre, sa lisibilité ou son engagement humain.
À l’issue de cette traversée, un terme s’est imposé avec justesse : réalisme symbolique contemporain.
Non comme un manifeste, mais comme un point d’ancrage.
Parce qu’il faut parfois créer le mot pour révéler ce qui n’existait pas encore.


1. Le symbolisme historique

Quand la peinture cherche le sens au-delà de l’apparence

(Odilon Redon, Gustave Moreau, Arnold Böcklin, Fernand Khnopff)

Au cours de cette traversée, explorant l’histoire de la peinture, j’ai découvert une proximité avec certains artistes du symbolisme historique — comme Odilon Redon, Gustave Moreau, Arnold Böcklin ou Fernand Khnopff.
Leur travail ne se limite pas à représenter : il suggère, évoque, élève. Le visible devient un passage vers l’invisible, une forme vers une idée, une image vers une sensation intérieure.
Dans cette peinture là, on sent le silence, la solitude, la spiritualité, parfois même une forme de mystère insondable.
Je ne prétends pas m’inscrire dans cette tradition, mais je reconnais en elle une sensibilité proche de la mienne : le refus du pur réalisme, la volonté de charger les formes d’un sens symbolique, et cette recherche d’un langage qui dépasse l’apparence.

  • Similitudes Réalisme pas une fin en soi, Quête de sens, SymbolismeInspiration
    • Refus du visible comme fin en soi
    • Recherche de sens par la forme allusive ou symbolique
    • Dimension spirituelle, métaphysique, voire méditative
  • Différences Mes symboles contemporains, Narration plus lisible, Conscience, Lucidité
    • Inscription dans le monde contemporain (costume, IA, entreprise, etc.)
    • Narration plus construite, plus lisible
    • Rejet du mysticisme au profit d’une conscience éthique et lucide

Synthèse : J’actualise « l’intuition » symboliste en l’inscrivant dans une grammaire visuelle contemporaine et intelligible, pour créer une peinture du sens et de l’équilibre, tournée vers l’humain d’aujourd’hui.

1.1. Odilon Redon (1840–1916)

Symbolisme (historique) / Peinture onirique

Thèmes : Rêve, inconscient, spiritualité, figures flottantes, mystère intérieur, allégories poétiques
Style : Symbolisme (historique), pastel onirique, formes floues, compositions suspendues, noir et couleur comme langage psychique.

  • Similarités : Réalisme transfiguréQuête de sens, Enigme, Symbolisme, Inspiration, Méditation
    • Rejet du réalisme littéral au profit d’une figuration intérieure : dans nos deux peintures, les formes visibles sont des véhicules du sens, des médiations symboliques.
    • Goût pour une atmosphère suspendue, énigmatique, chargée de valeurs spirituelles ou existentielles.
    • Transfiguration du réel : là où Redon montre des yeux flottants ou des visages dans le noir, je place un homme d’affaires sous l’eau ou un enfant dans une bulle, pour parler de la conscience, de la condition humaine, ou du monde intérieur.
    • Approche de la peinture comme un lieu de méditation, voire d’élévation.
  • Différences : Scènes et messages lisibles vs flou énigmatique, Social vs Cosmique
    • Redon est un peintre de l’abstraction spirituelle, du flou, de l’énigme métaphysique —au contraire j’ancre mes scènes dans des figures nettes, des objets modernes, un monde lisible, quoique symbolisé.
    • Redon se situe dans une vision cosmique, introspective, détachée du monde social ; Je plonge dans les réalités contemporaines, les tensions du pouvoir, de l’identité, de la société.
    • Le mystère chez Redon reste flottant, poétique, parfois indéchiffrable ; dans ma peinture, le message est souterrain mais accessible, structuré, souvent narratif.

Conclusion : Je partage avec Redon l’intuition que la peinture est un espace pour dire l’indicible, mais j’inscris cette quête dans une langue plastique contemporaine, claire, lisible, tournée vers le réel et l’avenir. Là où Redon invite à la rêverie mystique, j’engage à une conscience lucide, une réconciliation possible entre beauté, symbolisme et engagement humain.

1.2. Gustave Moreau (1826–1898)

Symbolisme (historique) / Mythe et transcendance

Thèmes : Mythologie, mysticisme, quête intérieure, énigmes spirituelles, figures héroïques et sacrées
Style : Symbolisme historique, luxuriance ornementale, dessin raffiné, composition dense, palette précieuse, détails labyrinthiques

  • Similarités Portraits, scènes symboliques visant le questionnement, la transcendance de l’humain
    • Approche symbolique de la peinture comme véhicule d’idées et de questionnements existentiels.
    • Présence centrale de figures humaines isolées, souvent investies d’une charge spirituelle ou allégorique.
    • Volonté de transcender le monde visible en lui donnant une portée métaphysique ou morale.
    • Recherche d’un langage pictural riche de références, parfois historiques ou mythologiques, mais toujours tourné vers une interrogation de l’humain.
  • Différences : Antique vs Contemporain, Baroque vs clarté formelle, tension contenue
    • Là où Moreau puise dans l’imaginaire antique, biblique ou orientaliste, mes scènes sont ancrées dans le monde contemporain, avec des codes visuels actuels (costumes, IA, symboles du pouvoir, etc.).
    • Sa peinture est baroque, saturée, souvent labyrinthique — je recherche une économie de moyens, une clarté formelle, une tension contenue.
    • Chez Moreau, la narration est fragmentée, mythologique, énigmatique ; chez moi, elle est plus structurée, conceptuelle, et reliée aux enjeux actuels.

Conclusion : Je partage avec Gustave Moreau l’idée que la peinture peut être une porte vers l’invisible, un théâtre du symbolique. Mais là où il convoque les mythes anciens, j’invente des archétypes modernes.
Là où il accumule les détails et les ornementations pour élever le regard, j’en appelle à une simplicité plastique, à une intensité maîtrisée, pour créer un langage symbolique lisible, contemporain et tourné vers le réel.
Ma peinture ne cherche pas la légende, mais la lumière du sens dans notre monde présent.

1.3. Arnold Böcklin (1827–1901)

Symbolisme (historique) / Fantastique allégorique et mythologie

Thèmes : Mythologie, mort, solitude métaphysique, nature surnaturelle, symboles de passage et de mystère
Style : Symbolisme narratif, réalisme fantastique, atmosphères spectrales, paysages dramatiques, composition allégorique, tonalités sombres

  • Similarités : Symbolisme, tensions existentielles, espaces suspendus, atmosphère silencieuse/introspection
    • Même volonté de transfigurer le réel pour y introduire une dimension symbolique ou allégorique.
    • Présence récurrente de tensions existentielles, d’archétypes et de figures solitaires, dans des espaces suspendus, souvent métaphysiques.
    • Une atmosphère silencieuse et dense, propice à l’introspection ou au trouble, parfois teintée d’étrangeté poétique.
    • La peinture comme porte vers une autre lecture du monde, au-delà des apparences.
  • Différences : Fantastique, au-delà vs social, gravité vs équilibre, mythologie vs thèmes contemporains
    • Chez Böcklin, le langage passe par le fantastique, le mythe, la mort, l’au-delà (cf. L’Île des morts) ; chez moi, la symbolique est psychique, sociale, contemporaine — les enjeux sont intérieurs mais incarnés dans notre époque.
    • Son esthétique est souvent dramatique, chargée d’une gravité romantique, là où je cherche un équilibre visuel, une force tranquille, une forme de résilience.
    • Il convoque des figures mythologiques (sirènes, centaures, divinités) ; moi je crée des situations symboliques nouvelles, nourries par l’entreprise, le genre, la technologie, l’enfance…

Conclusion : Comme Böcklin, je conçois la peinture comme un espace mental : un lieu pour penser autrement, pour regarder au-delà de ce qui est montré. Mais là où il plonge dans le monde des mythes et du fantastique, je reste ancrée dans le contemporain, en quête d’une symbolique universelle, active, humaine.
Je ne peins pas la mort ni les légendes oubliées : je peins les dissonances du réel, pour proposer des clefs de compréhension, une traversée éthique. Böcklin ouvre la porte de l’Invisible ; j’ouvre celle du possible, ici et maintenant.

1.4. Fernand Khnopff (1858–1921)

Symbolisme (historique) / Introspection, silence et mystère

Thèmes : Mystère intérieur, silence, identité trouble, idéal féminin, isolement mental, rêve éveillé
Style : Symbolisme raffiné, figuration précieuse, visages hiératiques, palette sourde, composition centrée et énigmatique, atmosphères suspendues

  • Similarités : Peinture silencieuse, regard intérieur, fond neutre renforce le premier plan, énigme
    • Recherche d’une peinture silencieuse, où le non-dit, la retenue et la suspension du geste créent un effet d’intensité psychique.
    • Même attention portée au regard intérieur, à l’identité fragmentée, aux tensions intimes, souvent féminines.
    • Un goût partagé pour une mise en scène minimaliste, un fond neutre ou sobre, qui renforce la charge symbolique du personnage.
    • Dans nos deux œuvres, la figure n’est pas seulement représentée — elle est habitée par une énigme, un secret, une présence autre.
  • Différences : Peinture hermétique vs message à faire passer, mélancolie vs énergie intérieure, passé vs présent
    • La peinture de Khnopff reste souvent fermée sur elle-même, muette, presque hermétique ; je cherche à ouvrir une voie de lecture, faire passer un message : ma peinture est une médiation vers le réel, non une énigme à conserver.
    • La symbolique de Khnopff est souvent mélancolique, figée, presque onirique ; je tends au contraire vers une énergie intérieure, une forme de dépassement, même discret.
    • Il puise dans le rêve, la mémoire figée, le passé idéalisé ; je m’ancre dans l’actuel, dans la conscience active, dans les valeurs qu’il reste à affirmer.

Conclusion : Avec Khnopff, je partage une certaine idée de la retenue, de la force contenue, du mystère comme tension plus que comme effet. Mais là où il laisse l’image se refermer sur une énigme muette, j’y vois un moyen d’ouvrir une voie — vers le sens, vers le présent, vers l’humain. Je cherche une peinture qui éclaire, pas qui enferme ; une peinture qui guide, pas qui échappe. Khnopff peint le silence. Moi, j’essaie d’y faire entendre une voix.


2. Le surréalisme visuel

Glisser du réel au décalage poétique

Ce n’est qu’en redécouvrant certains artistes du surréalisme historique que j’ai mesuré à quel point ma peinture s’en rapprochait — non dans son versant chaotique, automatique ou onirique, mais dans une veine plus sobre, plus lisible, presque conceptuelle. Là où le surréalisme cherchait à révéler l’inconscient, à court-circuiter la raison ou à faire surgir le rêve, je vois surtout un procédé : celui du glissement. Un déplacement maîtrisé du réel qui déstabilise sans effacer, qui questionne sans dissoudre.
René Magritte en est, pour moi, l’illustration la plus proche. Pas de démesure, pas de délire visuel, mais un monde presque normal, traversé par un écart. Une pomme flotte, un visage est masqué, une scène familière devient soudain étrange.
Ma peinture emprunte ce principe — un homme en costume sous l’eau, une main robotique sur un bureau, une enfant dans une bulle — mais en l’orientant vers autre chose. Là où Magritte reste froid, ironique, presque clinique, je cherche une forme d’incarnation. Mes figures ne sont pas des idées, mais des êtres. Elles portent des tensions, des choix, des silences.
Je ne vise pas l’absurde, mais la clarté symbolique. Non pas un rêve déconnecté, mais une forme de lucidité poétique. Une tension entre ce qui est et ce qui pourrait être. Une quête de sens, malgré l’étrangeté du monde.

  • Similarités : Glissement vers l’étrange, Scènes familières décalée, Symboles/objets déplacés, narration non linéaire
    • Glissement maîtrisé du réel vers l’étrange
    • Scènes décalées mais lisibles, à la frontière du familier et du poétique
    • Présence de symboles, d’objets incongrus ou déplacés
    • Refus du naturalisme ou de la narration linéaire
  • Différences : Ironie, hermétisme vs message ancrés dans le réel et incarnation émotionnelle
    • Le surréalisme historique (Magritte en tête) reste détaché, ironique, parfois abscons alors que je cherche une incarnation émotionnelle et symbolique
    • Mes scènes portent un message : elles ne fuient pas le réel, elles l’interrogent pour mieux le transformer

Synthèse : Ma peinture emprunte au surréalisme son art du décalage, mais l’oriente vers une clarté symbolique et une narration affective. Là où Magritte déroute, je cherche à éveiller. Là où il se retire, je m’implique. Le surréel devient chez moi un levier de sens, une invitation à la conscience et à l’espoir.

2.1. René Magritte (1898–1967) – Pour le surréalisme sobre et le symbolisme visuel

Surréalisme (historique)

Thèmes : Perception et réalité, paradoxe visuel, mystère du quotidien, absence de sens explicite, objectivité trompeuse.
Style : Surréalisme froid, figuration nette et lisse, détournement d’objets familiers, mises en scène énigmatiques et conceptuelles.

  • Similarités : Déplacement subtil du réel, énigmes visuelles
    • Déplacements subtils du réel
    • Mise en scène très construite, sans débordement expressionniste.
    • Énigmes visuelles : (que fait un homme d’affaires en apnée ? Pourquoi cette main robotique ?)
  • Différences : Paradoxe sans affect vs narration incarnée, narration surréaliste vs absurde
    • Magritte joue sur le conceptualisme froid, le paradoxe visuel, souvent sans affect. Je propose une narration plus incarnée, où l’humain ne disparaît pas derrière l’énigme, mais en est le porteur conscient. Ma surréalité est narrative et éthique, non absurde ou absconse.

Conclusion : Je reconnais dans l’œuvre de Magritte un ancêtre formel de ma peinture, notamment par la rigueur des compositions et l’usage de glissements poétiques du réel. Mais là où il privilégie la surprise conceptuelle, parfois coupée du sensible, je cherche une voie plus incarnée, où le mystère sert une narration lisible, portée par l’humain. Mon surréalisme n’est pas une fuite dans l’absurde, mais une exploration du sens — au cœur même du réel contemporain.

2.2. Paul Delvaux (1897–1994) et Giorgio de Chirico (1888–1978)- Pour le surréalisme silencieux

Surréalisme (historique)

Thèmes : Féminité énigmatique, solitude, silence, rêve éveillé, univers ferroviaires et antiques, temps suspendu.
Style : figuration précise, scènes oniriques figées, décors classiques ou urbains désertés, ambiance lunaire, visages impassibles.

Thèmes : vide existentiel, solitude, énigme du temps, architectures antiques et modernes, mystère du réel, figures figées.
Style : perspective dramatique, lumière dure, ombres allongées, personnages statiques, décors urbains désertés, objets symboliques hors contexte.

  • Similarités : Composition rigoureuse, étrangeté sans débordement, atmosphère suspendue & personnages figés, déplacement du réel
    • Construction rigoureuse de la composition, souvent architecturée.
    • Étrangeté visuelle sans débordement expressionniste.
    • Atmosphère suspendue, mélancolique, où les personnages semblent figés dans une attente.
    • Déplacement de la réalité par glissements contextuels ou temporels.
  • Différences : Figure déshumanisée vs incarnation & vie intérieure, narration cryptée sans message vs narration contemporaine accessible
    • Chez eux, la figure humaine est statufiée, figée, souvent déshumanisée ; je cherche l’incarnation, la vie intérieure de mes personnages.
    • Leurs narrations sont cryptées, mythologiques, intemporelles ; les miennes sont ancrées dans le présent, dans des situations symboliques mais accessibles.
    • Leur silence est une absence de message explicite ; chez moi, il ouvre à une introspection lucide, à une conscience contemporaine.

Conclusion : Je partage avec Delvaux et de Chirico ce goût du calme tendu, du mystère visuel équilibré. Mais là où leurs figures se perdent dans le rêve ou se figent comme des stèles, les miennes cherchent à dire le monde moderne, à incarner des tensions intérieures résolubles..

2.3. Leonora Carrington (1917–2011) et Dorothea Tanning (1910–2012)- Pour le symbolisme féminin

Surréalisme (historique)

Thèmes : Mythologie personnelle, inconscient féminin, métamorphoses, monde animal, rituels magiques, émancipation de l’âme.
Style : Narration symbolique, détails foisonnants, palette douce et étrange, compositions oniriques, silhouettes fluides.

Thèmes : Rêve et inconscient, tension psychique, ambiguïté des corps, féminité, claustration mentale ou domestique.
Style : Du surréalisme figuratif à l’abstraction lyrique, formes floues et enchevêtrées, jeux d’ombre, atmosphères troubles.

  • Similarités : Réalisme symbolique porteur de sens à propos de problématiques contemporaines
    • Volonté de dépasser la simple apparence pour transmettre un sens profond, ancré dans le réel.
    • Scènes contemporaines symboliques, étrangeté sobre au service d’une transformation intérieure.
    • Intuition d’un langage caché, d’une vérité non visible mais présente.
  • Différences : Symbolisme onirique, psychanalytique vague vs symbolisme du réel lisible compréhensible, thème de la femme vs l’humain
    • Leurs mondes sont oniriques, labyrinthiques, d’inspiration psychanalytique ; les miens sont construits, symbolisés, lisibles.
    • Leur peinture laisse place à la perte de repères ; je recherche la clarté plastique au service de la compréhension.
    • Elles plongent dans l’inconscient féminin ; je parle du monde, des tensions humaines, avec une éthique visuelle.

Conclusion : Je me reconnais dans leur volonté de donner forme à l’invisible. Mais je préfère une symbolisation maîtrisée, un langage clair au service d’une pensée incarnée. Là où elles déploient le rêve, je tente de déployer une conscience.


3. La figuration narrative contemporaine

Incarner une époque, entre tensions et introspection

Dans la scène contemporaine, j’ai découvert des artistes comme Claire Tabouret, Michaël Borremans, Peter Doig ou Adrian Ghenie. Tous, à leur manière, explorent la figure humaine dans des contextes souvent ambigus, chargés d’histoire, d’inconscient ou de conflits intérieurs.
Je me sens proche de cette volonté de faire de la peinture un lieu de narration symbolique, où le corps devient le support d’un questionnement plus large : sur le pouvoir, la mémoire, l’identité, ou la solitude.
Il y a chez ces artistes une intensité expressive, parfois dérangeante, qui invite à ne pas détourner les yeux.
Mon approche est sans doute plus mesurée, plus structurée : Je cherche à poser des tensions similaires, mais dans une forme lisible, maîtrisée, et ouverte.
Plutôt qu’un face-à-face brutal avec la noirceur, je propose une lecture éthique, philosophique, parfois méditative, qui cherche moins à dénoncer qu’à comprendre et à transformer.

  • Similitudes : Figure humaine contemporaine, Narration symbolique, tensions sociales, psychiques, historiques
    • Travail sur la figure humaine contemporaine
    • Narration symbolique, parfois énigmatique
    • Scènes chargées de tensions sociales, psychiques ou historiques
  • Différences : Esthétique brute vs apaisée, tensions exacerbées vs équilibre visuel, saturation de signes vs lisibilité
    • Là où la figuration narrative contemporaine assume souvent une esthétique brute, saturée de signes, de récits personnels ou de tensions sociales exacerbées, je privilégie une maîtrise formelle apaisée, au service d’un équilibre visuel et d’une lisibilité émotionnelle.
    • Mon travail ne cherche pas le choc ni la dénonciation immédiate, mais s’inscrit dans une recherche symbolique et philosophique,
      visant à élever plutôt qu’à provoquer, à susciter une réflexion universelle plutôt qu’à livrer un témoignage autobiographique ou un regard cynique sur le réel.

Synthèse : Si je partage avec ces artistes une exploration de l’humain dans le monde contemporain, je m’en distingue par une peinture constructive, claire, et profondément inspirée par la possibilité d’un dépassement intérieur.

3.1. Claire Tabouret (1981)

Figuration narrative contemporaine / Peinture expressive

Thèmes : identité, enfance, mémoire, exil, féminité, force contenue
Style : gestuel, expressif, couleurs vibrantes, parfois sales ou inachevées

  • Similitudes : Travail sur la figure, sur les symboles, la dimension intérieure et recherche d’énergie
    • Travail sur la figure humaine expressive, en particulier les femmes et les enfants.
    • Intérêt pour la symbolique de l’enfance et la dimension intérieure du portrait (cf. The Bubble).
    • Volonté de transmettre une énergie ou une force, sans chercher l’hyperréalisme.
  • Différences : Visages bruts et brouillés vs précision et élégance, Intime vs enjeux contemporains
    • Claire assume une matière brute, des visages parfois brouillés ou salis, une forme d’urgence picturale, je propose au contraire une précision plastique, une composition claire et élégante, presque cinématographique.
    • Là où Claire part d’un fond intime ou biographique, je pars souvent d’une mise en scène conceptuelle ou symbolique (enjeux sociétaux, résilience, absurdité du pouvoir…)

 Conclusion : Je partage avec Claire la volonté de donner une présence forte aux figures, mais je m’en distingue par une lisibilité maîtrisée, un style plus lisse, et une volonté de transcendance plus que de dénonciation.

3.2. Michaël Borremans (1963)

Néo-figuration / Figuration post-conceptuelle flamande

Thèmes : absurdité, autorité, silence, pouvoir, inconfort, mystère
Style : peinture à l’huile classique, tons sourds, ambiance énigmatique, figures figées

  • Similitudes : Scènes symboliques faussement normales, postures ambigües, gestes figés, instrumentalisation de l’élégance plastique & d’une composition rigoureuse
    • Mise en scène de figures humaines, souvent masculines et en « costume », comme supports d’une tension visuelle et symbolique.
    • Étrangeté discrète dans des contextes codifiés : chez Borremans comme chez moi, une ambiance faussement normale abrite un trouble latent.
    • Postures et attitudes porteuses d’ambiguïté : gestes figés, regards absents, corps maîtrisés, comme si quelque chose se retenait ou se préparait.
    • Élégance plastique et composition rigoureuse qui contraste avec l’étrangeté ou la distance affective de la scène.
  • Différences : Ambiguïté glaçante & esthétique clinique vs tension poétique, recherche de l’absurde vs narration symbolique
    • Borremans cultive une ambiguïté glaçante, une esthétique distanciée et clinique, au contraire, je convoque une tension poétique, voire une forme d’espoir, avec une palette plus lumineuse.
    • Mon univers reste connecté à une narration symbolique ou morale, quand Borremans choisit l’absurde pur, le non-sens du réel.

Conclusion : Borremans et moi travaillons le langage du pouvoir et de l’absurde, mais là où Borremans pousse vers le non-dit glaçant, je cherche la lucidité et la conscience dans l’épreuve.

3.3. Peter Doig (1959)

Figuration onirique contemporaine / Paysage mental
  

Thèmes : paysages mentaux, souvenirs, figures solitaires, spiritualité diffuse
Style : onirique, rêveur, flou, couches de couleurs, spatialisation poétique

  • Similitudes : Glissement subtil du réel, personnages solitaires, scènes silencieuses, temps suspendu, utilisation symbolique de l’eau
    • Utilisation de l’environnement naturel (eau, paysages flottants) comme espace mental ou symbolique, au-delà de sa fonction réaliste.
    • Personnages solitaires, immergés dans une scène silencieuse, qui semble refléter un état intérieur plutôt qu’une action extérieure.
    • Temps suspendu : chez nous deux, la scène semble figée, comme tirée d’un rêve ou d’un souvenir sans narration explicite.
    • Étrangeté diffuse et poétique, sans recours à l’absurde ni à l’onirisme trop marqué, mais par glissement subtil des repères.
  • Différences : Flou vs netteté, Scènes larges vs plans serrés et frontaux, message suggestif vs énonciation claire d’une vision sur l’humain
    • Doig peint souvent sans netteté, avec des flous et des textures atmosphériques très marquées. Je préfère une ligne claire, des volumes nets, une mise en scène forte et dirigée, plus proche du cinéma.
    • Doig est beaucoup plus suggestif, tandis que je énonce une vision, transmet une pensée sur l’humain.

Conclusion : Doig et moi partageons le goût du récit visuel, mais j’introduis une structure symbolique et narrative, là où Doig suggère une émotion sans la fixer.

3.4. Adrian Ghenie (1977)

Néo-expressionnisme / Figuration post-historique

Thèmes : Mémoire historique, figures de pouvoir, trauma du XXe siècle, perte d’identité, introspection collective
Style : Figuration fragmentée, couches picturales épaisses, visages en décomposition, ambiance sombre et instable.

  • Similitudes : Sujet des dérives humaines, Représentation à travers l’homme, traitement des sujets contemporains
    • Intérêt pour les dérives humaines, les fautes collectives ou les travers du pouvoir (cf. Jacobins’ Remains).
    • Représentation de la figure humaine comme symptôme de l’Histoire, voire acteur de sa propre tragédie.
    • Capacité à aborder des sujets difficiles ou universels dans une approche contemporaine.
  • Différences : Déconstruction picturale vs forme maîtrisée élégante, Témoignage traumatique vs constructif
    • Ghenie opte pour une déconstruction picturale radicale, proche de la violence plastique, alors que je choisis une forme maîtrisée, élégante, comme si le propos devait être transcendé par la beauté. Ghenie agit comme un archéologue traumatique, moi comme un témoin lucide et constructif.
    • L’émotion chez moi est contenue, retenue, noble, tandis que chez Ghenie, elle est brute, dérangeante, brutale.

Conclusion : Ghenie et moi partageons un champ de réflexion sur l’humain et l’Histoire, mais nous opposons dans la forme : chaos vs clarté, rugosité vs élévation.


4. Le néo-pop / lowbrow / fabulisme critique

Jouer avec les codes du présent

Certains artistes contemporains comme Mark Ryden, Ron English, Todd Schorr, Alex Gross ou Joe Sorren donnent à voir une peinture foisonnante, drôle, étrange, pleine de références mêlées : publicité, histoire de l’art, culture pop, bestiaire étrange…
Ces univers très construits, parfois baroques ou caricaturaux, détournent les codes du quotidien pour en révéler les absurdités, les obsessions, ou les travers.
Même si ma peinture est plus sobre, plus silencieuse, je me reconnais dans cette envie de réinvestir les objets modernes (une montre, un smartphone, un costume d’affaire) d’un sens symbolique.
J’aime l’idée que le réel, même dans ses éléments les plus banals, peut devenir matière à réflexion poétique, à condition de lui offrir un autre cadre.
Là où ces artistes utilisent souvent l’ironie, la saturation ou la critique sociale comme moteur, je cherche plutôt une forme de dépouillement.
Je ne veux pas dénoncer ou provoquer, mais créer un décalage discret qui amène le spectateur à s’arrêter, à interroger ce qu’il voit — et peut-être, ce qu’il vit.
Je n’utilise pas les codes pop pour les amplifier, mais pour les retourner. Mon but n’est pas d’en rire, mais d’en faire une porte vers quelque chose de plus profond.

  • Similitudes : Références croisées, scènes décalées parfois drôles, objets modernes détournés
    • Références croisées (pop, publicité, mythes, histoire de l’art)
    • Scènes décalées, allusives, drôles ou étranges
    • Objets modernes réinvestis symboliquement (montres, robots, singes…)
  • Différences : Kitsch vs sobre, ironie vs témoignage constructif, ludique vs éthique (avec humour parfois)
    • Je reste sobre, épurée, loin du foisonnement ou du kitsch
    • Je me refuse à l’ironie facile ou à la satire vide
    • Mon intention est éthique, non ludique, sans pour autant essaimer quelques pointes d’humour qui visent à questionner la condition humain

Synthèse : J’utilise certains codes du lowbrow, mais pour les détourner au profit d’une profondeur silencieuse. J’inverse la logique pop : je ne parodie pas le réel, je l’élève.

4.1. Alex Gross (1968)

Pop Surréalisme / Lowbrow / Art critique néo-pop
  

Thèmes : Consommation, aliénation moderne, identité, hybridation culturelle, critique de la société visuelle.
Style : Neo-pop / lowbrow, figuration lisse et détaillée, univers saturé d’icônes, ambiance rétro-futuriste, références croisées (BD, publicité, art classique).

  • Similarités : Scènes symboliques, mélange rétro et moderne, critique du mode contemporain, étrangeté du réel
    • Personnages placés dans des scènes symboliques ou décalées.
    • Mélange d’éléments rétro, futuristes et technologiques.
    • Critique visuelle du monde contemporain, entre esthétisme et réflexion.
    • Étrangeté contrôlée pour révéler une dimension cachée du réel.
  • Différences : Sarcasme vs Sobriété, accumulation vs épure, Dénonciation vs inspiration, Ironie vs constructivité
    • Alex Gross adopte un ton pop et sarcastique quand je reste sobre et éthique.
    • Chez lui, accumulation visuelle et surcharge symbolique mais chez moi ; épure et tension maîtrisée.
    • Il dénonce le monde ; je le met en perspective pour ouvrir une voie de transformation.
    • L’ironie domine chez Gross ; je privilégie la lucidité constructive

Conclusion : Tous les deux nous utilisons la figure humaine dans des mises en scène contemporaines et décalées, mais je substitue à l’ironie de Gross une forme de lucidité éthique, préférant la résonance à la provocation, et la sobriété au foisonnement satirique.

 4.2. Mark Ryden (1963), Ron English (1959), Todd Schorr (1954)

Néo Pop Art / Lowbrow / Surréalisme / Fabulisme contemporain

Thèmes : enfance troublée, sacré détourné, culture pop, consumérisme, mysticisme kitsch.
Style : hyperréalisme onirique, détails minutieux, palette douce et sucrée, contrastes dérangeants.

Thèmes : surconsommation, capitalisme, manipulation médiatique, icônes dévoyées.
Style : pop surréaliste, couleurs vives, imagerie publicitaire détournée, humour acide.

Thèmes : mythologie pop, société de consommation, subconscient collectif, choc des cultures.
Style : ultra-détaillé, narration dense, mélange de cartoon et de réalisme, univers foisonnant et surréel.

  • Similarités : Mélange pop, classique et surréalisme, symbolisme, esthétique cinéma,
    • Mélange de culture populaire, de références classiques et de surréalisme.
    • Goût du détail symbolique, des mises en scène décalées, du second degré.
    • Influence d’une esthétique publicitaire ou cinématographique détournée.
    • « Symbyosis 3.0 » par son style et sa composition semble un hommage contemporain au surréalisme lowbrow : machine, nature, tsunami, calme intérieur.
    • « The Bubble » rappelle le style acidulé et énigmatique de Ryden.
  • Différences : Kitsch vs sobriété, symboles accumulés et ambigües vs narration lisible, provocation vs inspiration
    • Leur style assume le kitsch, le grotesque et la saturation visuelle ; je recherche la sobriété, l’élégance, la justesse plastique
    • Ils accumulent des symboles ambigus ou cryptiques ; je privilégie des symboles clairs, cohérents, au service d’une narration lisible
    • Leur approche est souvent ironique, provocante, voire sarcastique ; la mienne se veut éthique, équilibrée, tournée vers la transformation intérieure

Conclusion : Je partage avec ces artistes lowbrow le goût de l’imaginaire, de la symbolique détournée et des références croisées, mais mon langage reste plus contenu, plus méditatif, moins ancré dans la culture pop ou la dérision visuelle. Là où ils provoquent par l’excès et la satire, je cherche à suggérer par l’équilibre et la résonance intérieure.

4.3. Joe Sorren (1970)

Pop Surréalisme / Pop Baroque / Expressionnisme poétique

Thèmes : rêves, mélancolie, enfance, intériorité, passage du temps.
Style : flou poétique, textures épaisses, palette douce, visages enfantins, atmosphères oniriques.

  • Similarités : Décalage maitrisé, symbolisme narratif, esthétique immersive.
    • Poétique du décalage maîtrisé : tous deux intègrent des éléments étranges ou inattendus dans des scènes cohérentes et lisibles, générant un effet d’étrangeté douce plutôt que de choc.
    • Symbolisme narratif et affectif : chaque toile raconte une histoire silencieuse, centrée sur la psyché du personnage, entre introspection et métaphore.
    • Esthétique enveloppante et contrôlée : textures, lumières et palettes sont utilisées pour créer une ambiance immersive, émotionnelle mais sans débordement expressionniste.
  • Différences : Kitch vs sobriété plastique, Langage visuel saturé vs clair, introspectif, éthique.
    • Sorren pousse vers le foisonnement baroque ou l’ironie kitsch ; je conserve une composition sobre et une élégance plastique.
    • Son langage visuel est plus saturé, parfois surchargé ; je privilégie la clarté et la mise en tension symbolique.
    • Moins de visée éthique ou introspective chez Sorren, plus de jeu référentiel ou de critique pop chez lui.

Conclusion : Je partage avec cet artiste une capacité à construire un univers imagé fort et symbolique, mais m’en distingue par une retenue esthétique et une volonté de porter un message plus introspectif ou philosophique.


5. Le réalisme maîtrisé au service du sens

Entre photographie, hyperréalisme et stylisation

Dans ma recherche picturale, j’ai toujours accordé une attention particulière à la construction de l’image. Pas pour atteindre un réalisme extrême, mais pour que chaque élément ait un rôle précis, une intention claire, comme dans une scène de théâtre où chaque geste, chaque lumière, chaque silence compte.
C’est ce qui me relie, à distance, au travail de certains artistes comme Robin Eley, Diego Gravinese, Jérôme Zonder ou Gregory Crewdson.
À mon échelle, j’essaie de traduire cette exigence de mise en scène dans un langage plus dépouillé, plus stylisé, mais tout aussi attentif au sens.
Je n’ai pas cherché à atteindre l’illusion parfaite, ni à choquer, mais à guider le regard vers l’essentiel, à faire de l’image une médiation intérieure plutôt qu’un miroir du monde.

  • Similitudes : Détail et mise en scène symboliques, tension psychologique.
    • Mise en scène millimétrée
    • Sens du détail symbolique
    • Tension psychologique dans l’image
  • Différences : Réalisme vs hyperréalisme, sensationnalisme vs sobriété signifiante,
    • Pas d’hyperréalisme technique
    • Pas de sensationnalisme mais une stylisation signifiante, une intention claire

Synthèse : J’emprunte la rigueur scénographique de ces artistes, mais l’oriente vers une recherche de clarté, de sens et de transformation intérieure. Dans ma peinture, le tableau n’est pas un simulacre, mais une porte vers l’essentiel.

5.1. Robin Eley (1978), Diego Gravinese (1971), Jérôme Zonder (1974)

Hyperréalisme tempéré / Peinture narrative contemporaine / Réalisme pop argentin / Dessin contemporain / Figuration narrative

Thèmes : mémoire, isolement, vulnérabilité, illusions, identité.
Style : hyperréalisme fragmenté, transparences maîtrisées (plastique, verre), précision photographique, tension entre surface et profondeur.

Thèmes : quotidien détourné, adolescence, désir, fiction, temporalité.
Style : hyperréalisme narratif, peinture à l’huile d’après photo, détails précis, mise en scène cinématographique, décalage subtil (éléments insolites dans des scènes banales).

Thèmes : rêves, mélancolie, enfance, intériorité, passage du temps.
Style : flou poétique, textures épaisses, palette douce, visages enfantins, atmosphères oniriques.

  • Similarités : Scènes narratives, Maîtrise technique, Ambigüité visuelle, Intériorité
    • Narration forte et mise en scène travaillée : Nous explorons tous la puissance d’une image figée pour suggérer une histoire, une tension ou une introspection.
    • Maîtrise technique élevée : Nous partageons une rigueur formelle qui donne du poids à nos univers symboliques ou psychologiques.
    • Ambiguïté visuelle : Tension entre réalisme détaillé (voire illusionniste) et éléments décalés, symboliques ou émotionnellement chargés.
    • Exploration de l’intériorité : Notre peinture propose une lecture psychologique du monde : solitude, passage du temps, transformation intérieure.
  • Différences : Hyperréalisme vs stylisation, Noir & blanc politique vs esthétique lumineuse inspirante, Rêve vs enjeux existentiels
    • Gravinese privilégie l’illusion réaliste et les jeux de perception quand je stylise pour laisser respirer le sens et l’émotion.
    • Zonder travaille en noir et blanc, avec une violence graphique et une approche souvent plus sombre ou politique quand j’opte pour une esthétique nuancée, sobre, tournée vers l’élévation.
    • Eley reste dans un univers doux, rêveur, presque enfantin quand j’articule mes récits autour de figures adultes, responsables, souvent confrontées à des enjeux existentiels.
    • Tous trois développent une poétique formelle ou conceptuelle quand j’ajoute une visée éthique et humaniste explicite, par une narration lisible et porteuse de sens.

Conclusion : Je me sens proche de ces artistes dans l’ambition de faire dialoguer virtuosité technique et narration visuelle. Mais ma démarche s’en distingue par une stylisation assumée, une volonté de clarté symbolique, et une orientation vers le sens, la transformation et l’équilibre — là où les autres préfèrent l’ambiguïté, le malaise ou l’esthétisme pur.

5.2. Gregory Crewdson (1962)

Photographie narrative / Cinéma pictural / Gothique américain

Thèmes : vie ordinaire figée, solitude domestique, mystère latent, étrangeté du quotidien.
Style : mise en scène cinématographique, éclairages dramatiques, réalisme hyper-soigné, atmosphères suspendues.

  • Similarités : Narration dense, personnages figés dans des scènes étranges, jeux de lumière, climat introspectif
    • Scénographie minutieuse, personnages figés dans un moment narratif dense.
    • Suspense visuel et étrangeté discrète dans une scène en apparence réaliste.
    • Lumière dirigée avec précision, usage symbolique de l’espace.
    • Climat introspectif et silence émotionnel.
  • Différences : Non sens narratif vs symbolique porteuse de sens, scènes anxiogène vs transcendance
    • Crewdson cultive l’inquiétante étrangeté et le non-sens narratif; je choisis des mises en scène symboliques, où chaque élément est porteur de sens — une étrangeté signifiante, non gratuite.
    • L’univers de Crewdson est anxiogène, figé dans le malaise ; le miens est tendu mais porteur de transformation.
    • L’image photographique impose un réalisme brutal ; je filtre le réel par une stylisation picturale.

Conclusion : Si cet artiste partage une rigueur narrative et une tension visuelle forte, je m’éloigne du pessimisme de Crewdson pour proposer une mise en scène plus lumineuse, plus éthique, orientée vers la conscience et l’équilibre.


6. Figuration lumineuse et tension silencieuse

La clarté plastique au service de l’introspection

Devant les œuvres de Edward Hopper ou de David Hockney on ressent le silence du monde, des instants figés où rien ne semble se passer — et pourtant tout est là, en tension, à fleur de peau.
Leurs compositions sont simples en apparence, souvent lumineuses, soigneusement construites, mais elles dégagent une forme de solitude, de suspension, parfois même d’étrangeté tranquille.
Je reconnais dans leur démarche une inspiration que je partage : celle de donner du poids au vide, de créer une narration muette, qui parle autant par ce qu’elle montre que par ce qu’elle tait.
Dans mes tableaux, je cherche moi aussi une clarté formelle, une mise en scène précise, mais toujours au service d’un message intérieur, d’une tension morale ou existentielle.
L’espace, la lumière, le cadrage sont des moyens de recentrer le regard, d’ouvrir une brèche, parfois discrète, vers quelque chose de plus essentiel.

  • Similarités : Composition rigoureuse, jeux de lumière, introspection suggérée, temps suspendu, personnages isolés
    • Une composition rigoureuse et lisible, sans surcharge
    • Un usage de la lumière comme élément narratif à part entière
    • Une mise à distance émotionnelle qui invite à l’introspection
    • Une atmosphère de pause, de suspension, d’instant arrêté
    • Le choix de figures humaines isolées ou silencieuses, sans dramatisation
  • Différences : Symbolisme plus marqué, message plus évident
    • Une symbolique plus marquée, parfois métaphorique ou conceptuelle
    • Une volonté de signifier au-delà de la scène — d’y injecter un message
    • Un rapport plus affectif ou spirituel à l’image, moins neutre
    • Une intention plus philosophique qu’observationnelle
    • Une peinture moins ancrée dans l’ordinaire, plus tournée vers l’intériorité

Synthèse : Comme Hopper ou Hockney, je cherche à construire des images claires, silencieuses, où le regard peut s’arrêter. Mais là où ils s’ancrent dans le réel du quotidien, je tente d’ouvrir un espace plus symbolique, plus intérieur, qui ne décrit pas le monde mais invite à le repenser.
La lumière chez moi n’éclaire pas un lieu — elle éclaire un état.

6.1 Edward Hopper (1882–1967)

Réalisme américain / American Scene Painting

Thèmes : Solitude urbaine, isolement intérieur, attente silencieuse, scènes du quotidien figées, tension psychologique.
Style : Réalisme épuré, lumière tranchée, compositions géométriques, palette sobre, narration implicite par le cadrage

  • Similarités :  Personnages seuls, introspection, calme en tension
    • Personnages souvent seuls ou concentrés sur leur tâche,
    • Attitude de pause active ou de réflexion contenue.
    • Atmosphères paradoxalement intenses malgré leur calme apparent.
  • Différences : Statique vs Mouvement, Narration vs Transcendance
    • Hopper peint la solitude dans le monde moderne avec une distance mélancolique et une lumière statique. Je partage cette quête intérieure mais injecte du mouvement, une force de transformation, là où Hopper fige.
    • Ma lumière n’est pas que froide : elle est porteuse d’élévation, de conscience ou de dépassement.

Conclusion : Hopper et moi offrons tous deux une figuration épurée chargée de silence, mais là où Hopper immobilise le vide existentiel, j’ouvre un espace de passage, de tension vers une forme de dépassement intérieur.

6.2 David Hockney (1931) – pour la palette et les jeux d’eau

Pop Art / Figuration narrative anglaise

Thèmes : Vie quotidienne, intimité, piscine et modernité californienne, contemplation du présent, lumière et espace, portrait psychologique.
Style : Figuration lumineuse, aplats de couleur, compositions structurées, perspective inventive, formes stylisées et cernées.

  • Similarités : Couleurs claires et vives, fascination pour l’eau, composition limpide
    • Usage de couleurs vives et claires avec dominantes turquoise, roses, oranges.
    • Fascination pour l’eau comme espace narratif ou psychologique.
    • Composition limpide et équilibrée, lisibilité immédiate.
  • Différences : Plaisir du regard vs métaphore existentielle, décoratif & graphique vs stylisé & incarné
    • Hockney explore la légèreté, la sensualité, les plaisirs du regard. Sa peinture se veut souvent hédoniste et non narrative. J’utilise à l’inverse, l’eau comme métaphore existentielle, avec des enjeux narratifs et symboliques forts (isolement, immersion mentale, lutte intérieure).
    • Le style de Hockney, plus décoratif et graphique, se distingue de mon réalisme stylisé et incarné.

Conclusion : Hockney et moi partageons un rapport libre et expressif à l’eau comme espace symbolique, mais là où Hockney privilégie le plaisir visuel et le souvenir, j’utilise la scène aquatique pour interroger la conscience, la solitude ou la transformation intérieure.


Conclusion

Donner un nom à ce qui n’en avait pas

Je n’ai pas choisi ce terme par goût de la formule ou pour me singulariser.
Je l’ai forgé par nécessité, à l’issue d’un long travail d’analyse et de confrontation avec les courants existants, les démarches d’artistes, les esthétiques dominantes.

Chaque mot a été pesé, justifié, éprouvé.
Il ne s’agit pas d’une intuition hasardeuse ou d’un mot-valise séduisant : c’est une formulation précise, née d’un besoin de nommer une peinture qui, tout en dialoguant avec l’histoire de l’art, ne trouve sa juste place dans aucun courant existant.

Le réalisme symbolique contemporain que je propose ne se définit pas uniquement par la présence d’un message. Il repose sur trois principes fondamentaux et indissociables :

  1. Une figuration claire, structurée et stylisée, qui refuse la gratuité esthétique et dont la maîtrise technique est toujours mise au service du sens ;
  2. Une dimension symbolique explicite, où chaque élément de la scène — personnage, décor, geste, lumière — est porteur d’un message intelligible et ancré dans les enjeux contemporains : pouvoir, identité, solitude, mémoire, tension intérieure, absurdité sociale ou technologique, etc.
    Ce symbolisme n’est ni ésotérique, ni gratuit, ni violent par provocation ; il est au contraire tourné vers la compréhension, la conscience, l’éveil d’une lecture du réel, sans recourir au choc ou à la saturation visuelle.
  3. Une tension plastique maîtrisée, qui assure la cohérence globale malgré la diversité formelle, au service d’une même vision éthique et poétique du réel.

Ce courant n’est donc pas un simple abri pour toutes les peintures figuratives à message.
C’est une démarche exigeante, où la liberté formelle reste cadrée par un langage visuel lisible, une rigueur de composition, et une orientation vers l’élévation intérieure.

Réalisme exprime ici l’ancrage dans une figuration incarnée, une scène construite, une présence humaine claire — sans mimétisme gratuit.

Symbolique affirme que cette figuration est orientée par une intention lisible, à portée universelle, toujours connectée aux tensions humaines d’aujourd’hui.

Contemporain signifie deux choses : d’abord que ces images parlent de notre époque, de ses absurdités, de ses impasses, mais aussi de ses possibles ; ensuite qu’elles le font avec un langage plastique actuel, épuré, conscient des codes visuels de notre temps.

Nommer, ce n’est pas revendiquer. C’est rendre visible ce qui échappait à la classification.
Et si d’autres artistes partagent cette posture — ce regard sur le monde, cette exigence de clarté et de sens, cette volonté de créer des images qui élèvent sans flatter, qui questionnent sans asséner — alors peut-être un courant pourra naître de cette réflexion.

Le réalisme symbolique contemporain n’est pas une invention.
C’est une constatation formalisée : celle qu’il existe une voie picturale à la fois lisible et signifiante, sensible et lucide, ancrée dans le réel mais tendue vers l’essentiel.